“J'AI CHERCHÉ À REMETTRE DE L'ORDRE DANS LE DÉSORDRE”
Professeur d'université à Rome, l'Italien Giorgio Parisi a reçu le Nobel de physique 2021 pour ses apports aux systèmes complexes. Après un début de carrière en physique des particules, il s'est intéressé aux systèmes qui émergent de l'interaction d'une multitude d'entités. Il a changé le cadre conceptuel pour traiter le désordre, et ouvert des applications à des problèmes qui vont de la biologie à l'intelligence artificielle. Rencontre avec ce théoricien infatigable que ses pairs placent dans la lignée d'Einstein, de Fermi ou de Bohr, auteur d'un nouveau livre à paraître fin septembre.
"L'AUBE DE L'UNIVERS SE DÉVOILE EN INFRAROUGE"
Quelle est l'histoire de la formation des premières structures de l'Univers ? Pour percer ce mystère, Guilaine Lagache s'est spécialisée dans l'observation des domaines infrarouge, submillimétrique et millimétrique car les longueurs d'onde soumises à l'expansion cosmique sont aujourd'hui principalement dans cette gamme. Problème : la lumière correspondante est en grande partie arrêtée par l'atmosphère terrestre. Toujours à la recherche de technologies innovantes, elle vient d'installer un détecteur - une caméra comprenant des milliers de résonateurs supraconducteurs - sur un radiotélescope du Chili. L'objectif : comprendre cette période particulière de l'histoire cosmique que l'on appelle la réionisation.
"L'INNOVATION POUR TOUS"
Anthropologue et sociologue, la scientifique a rejoint l'administration du président américain Joe Biden en janvier 2021. Elle est notamment en charge des questions éthiques et de l'intégrité scientifique. Défendant l'importance d'une science en accès libre, elle copréside le groupe de travail sur les données équitables. Enfin, Alondra Nelson s'intéresse en particulier aux nouveaux droits liés à l'intelligence artificielle et aux problèmes éthiques que cela pose.
« La lumière reste pour moi une source d'émerveillement »
La dualité onde-particule et l'intrication sont des propriétés quantiques qui n'en finissent pas d'étonner, y compris les spécialistes de cette physique qui sort de notre champ d'intuition « naturelle ». Acteur majeur de l'optique quantique, Alain Aspect fait part de son enthousiasme pour les recherches dans ce domaine, dont les applications commencent à sortir des laboratoires.
« La biodiversité est résiliente, ce n'est pas le cas du climat »
La biosphère a connu de multiples disparitions d'espèces au cours du temps. Mais la double crise actuelle de la biodiversité et du changement climatique est bien plus rapide que tout ce qu'a traversé notre planète. Les liens sont avérés et les actions à mener sont identifiées. Cette prise en compte croisée incite à l'optimisme, même si les temps de réaction diffèrent entre le vivant et le système climatique.
« Nous ne savons plus comment aller vers un avenir »
Ne plus sortir de chez soi, tourner en rond, ne plus pouvoir voyager : notre espace et notre temps se sont refermés avec la pandémie mondiale. L'historien François Hartog, qui dans son dernier ouvrage reprend ses réflexions sur le temps à partir des concepts grecs, analyse cette crise dans nos sociétés contemporaines marquées par un présent dévorant.
« L'observation multi-longueur d'onde est la clé pour comprendre les sursauts radio rapides »
Nouvelle classe de phénomènes éphémères et lointains, ces manifestations radio transitoires font l'objet de campagnes d'astronomie qui tentent de découvrir leur origine.
« L'expérience ne se donne qu'en première personne »
Peut-on trouver l'origine de la conscience dans le cerveau ? Le philosophe Michel Bitbol en doute, estimant que les neurosciences étudient seulement les fonctions cognitives des êtres humains... conscients. La conscience est d'abord une expérience subjective, qui échappe aux capacités de détection de cette discipline.
« Il reste de grands défis à relever en astrophysique »
« Curiosité, imagination, aller au fond des choses » : telles sont, pour Françoise Combes, lauréate Europe du prix international pour les Femmes et la Science L'Oréal-UNESCO 2021 et de la médaille d'or du CNRS, les qualités d'un astrophysicien ou d'une astrophysicienne. Son parcours et sa carrière, exemplaires, lui ont permis de mieux comprendre les galaxies, ces assemblées de centaines de milliards d'étoiles qui peuplent le cosmos. Vertige de l'astrophysique qui nous autorise, grâce aux instruments de plus en plus performants et aux moyens de calcul décuplés, à écrire une histoire universelle, au premier sens du terme, mais encore empreinte de bien des mystères. Une aventure que la chercheuse poursuit avec ses étudiants et qu'elle partage dans son enseignement au Collège de France. Invitation au voyage, de notre Galaxie jusqu'aux confins du cosmos. Un entretien disponible ci-dessous et que vous pouvez retrouver dans le dernier trimestriel de La Recherche dont le dossier principal est consacré aux origines du vivant. Disponible en kiosque et sur notre site https://www.larecherche.fr/parution/trimestriel-564.
« La vie serait intimement liée à l'évolution de la Terre »
La diversité et la complexité mises au jour dans les molécules organiques du Système solaire pourraient laisser penser que la vie a commencé dans l'espace, et qu'elle serait commune dans le cosmos. Rien de tout cela pour Jean-Pierre Bibring ! L'astrophysicien français estime au contraire que seules de multiples contingences - dont beaucoup nous échappent encore - ont permis à l'évolution physico-chimique d'emprunter cette complexité des chemins : l'universalité de la vie telle qu'on la pensait il y a quelques décennies serait remise en cause.